C'est un secret.
Ça fait des années que je veux faire quelque chose. Ah oui, quoi? me demandez-vous. Ça dépend. Des fois, c'est un livre pour enfants, des fois, c'est un roman, des fois, c'est un disque, des fois, c'est un film, des fois, c'est une pièce de théâtre. Des fois, j'ai même une bonne idée, une très bonne idée. Quelque chose comme une sorte d'épiphanie. LE projet. Je deviens alors tout excitée, j'implose de bonheur, je suis si contente d'avoir trouvé le filon. Et alors, il faut que ça sorte. J'en parle à mon chum, écoute, j'ai eu telle idée, qu'en penses-tu? J'en parle à mes parents, j'en parle à mes amis, j'en parle même à de lointaines connaissances qui me demandent ce que je fais de bon. L'idée est toujours aussi bonne, et en plus, je constate à chaque fois que j'en parle qu'elle semble trouver écho chez les autres. Bingo! C'est une bonne idée.
Puis, une chose inattendue se produit.
Je ne fais rien.
Je veux dire, j'ai une idée, elle m'emplit d'allégresse. Je l'entretiens. Je l'astique. Sa présence me rassure. Mais elle en reste là, au stade Idée, au stade Projet, les frontières floues, la finalité vague. Et je ne fais rien.
Le temps passe.
Je veux dire, le temps passe depuis bientôt 30 ans. C'est aussi le temps que cela m'aura pris pour découvrir que ce qu'on appelle un «grand parleur, petit faiseur» est simplement quelqu'un dont l’enthousiasme excessif étouffe les projets dans l'oeuf.
Parce qu'un projet est une chose extrêmement précieuse. Une sorte d'oiseau fragile qu'on recueille et dont il faut prendre soin dans le plus grand secret, pour le faire grandir, pour lui faire prendre des forces. Un projet se cultive dans le silence, dans la réflexion, dans l'intimité. À toutes les étapes de son développement, un projet a besoin de temps, d'attention et de patience. Un projet ne doit faire son entrée dans le grand monde que lorsqu'il est terminé, ou, au moins, très bien développé.
30 ans bientôt et je découvre que pour finalement faire, il faut simplement que je me taise. Je découvre que mettre des mots sur une idée trop fraîche, et pire, dire ces mots à quelqu'un, donne une fausse impression d'accomplissement. Une idée a trouvé oreille attentive: elle est déjà, en un sens, réalisée. Elle a trouvé, non pas sa forme à elle, mais une forme, dans laquelle elle se complaît. Il est plus confortable d'en rester là, logée dans l'oreille attentive. L'oiseau est au nid, le nid est chaud et douillet, il n'apprendra jamais à voler.
Un projet qu'on tait, lui, cherchera par tous les moyens à se faire connaître. Il insistera. Confiné à l'obscurité et au silence, il apprendra à fourbir ses armes et deviendra grand, autonome. Un projet qu'on tait et qu'on nourrit dans le secret se mettra au monde lui-même, tôt ou tard.
Alors, la prochaine fois qu'on me demandera ce que je fais de bon ces temps-ci, je répondrai que c'est un secret. Ça me donnera des ailes.
Puis, une chose inattendue se produit.
Je ne fais rien.
Je veux dire, j'ai une idée, elle m'emplit d'allégresse. Je l'entretiens. Je l'astique. Sa présence me rassure. Mais elle en reste là, au stade Idée, au stade Projet, les frontières floues, la finalité vague. Et je ne fais rien.
Le temps passe.
Je veux dire, le temps passe depuis bientôt 30 ans. C'est aussi le temps que cela m'aura pris pour découvrir que ce qu'on appelle un «grand parleur, petit faiseur» est simplement quelqu'un dont l’enthousiasme excessif étouffe les projets dans l'oeuf.
Parce qu'un projet est une chose extrêmement précieuse. Une sorte d'oiseau fragile qu'on recueille et dont il faut prendre soin dans le plus grand secret, pour le faire grandir, pour lui faire prendre des forces. Un projet se cultive dans le silence, dans la réflexion, dans l'intimité. À toutes les étapes de son développement, un projet a besoin de temps, d'attention et de patience. Un projet ne doit faire son entrée dans le grand monde que lorsqu'il est terminé, ou, au moins, très bien développé.
30 ans bientôt et je découvre que pour finalement faire, il faut simplement que je me taise. Je découvre que mettre des mots sur une idée trop fraîche, et pire, dire ces mots à quelqu'un, donne une fausse impression d'accomplissement. Une idée a trouvé oreille attentive: elle est déjà, en un sens, réalisée. Elle a trouvé, non pas sa forme à elle, mais une forme, dans laquelle elle se complaît. Il est plus confortable d'en rester là, logée dans l'oreille attentive. L'oiseau est au nid, le nid est chaud et douillet, il n'apprendra jamais à voler.
Un projet qu'on tait, lui, cherchera par tous les moyens à se faire connaître. Il insistera. Confiné à l'obscurité et au silence, il apprendra à fourbir ses armes et deviendra grand, autonome. Un projet qu'on tait et qu'on nourrit dans le secret se mettra au monde lui-même, tôt ou tard.
Alors, la prochaine fois qu'on me demandera ce que je fais de bon ces temps-ci, je répondrai que c'est un secret. Ça me donnera des ailes.