Liberté
Je roule toute seule dans mon vieux char sur les rangs de campagne entre Montréal et Québec. Je me dis que j'ai le goût de manger des fraises, tiens justement en voilà sur le bord du chemin. J'arrête, je descends du char, bonjour madame! Combien pour le casseau? Je mange le symbole de juin en trouvant que ça goûte un peu l'eau, c'est vrai qu'on a manqué de soleil depuis une couple de semaines.
C'est la première fois que ça m'arrive depuis très très longtemps, rouler toute seule sur les rangs de campagne je veux dire. La dernière fois c'était pour aller jouer, j'étais partie dans un gros char loué avec ma bedaine de quelques mois pis ma contrebasse. J'avais mangé de la crème glacée molle trempée dans le chocolat en regardant le fleuve, j'avais ouvert toutes les fenêtres, je m'étais même arrêtée pour sentir les grosses pivoines dans un joli jardin de Kamouraska, la plus belle chose que j'ai senti de ma vie grâce à mon olfactif de femme enceinte.
Cette fois-là les secondes avaient vraiment le goût de la liberté. On the road, tsé.
Alors maintenant que je roule à nouveau, enfin seule, dans mon vieux char, et que j'ai devant moi trois bonnes heures de conduite, et sur les genoux mon casseau de fraises, je suis bien énervée. Je regarde partout autour, où est-ce qu'elle est, Liberté? Liberté?
Liberté?
Oh, p'tit bébé. T'as vraiment tout changé.
La prochaine fois, tu viendras avec moi, tu vas voir, c'est l'fun faire de la route.
On sera libres à deux.
C'est la première fois que ça m'arrive depuis très très longtemps, rouler toute seule sur les rangs de campagne je veux dire. La dernière fois c'était pour aller jouer, j'étais partie dans un gros char loué avec ma bedaine de quelques mois pis ma contrebasse. J'avais mangé de la crème glacée molle trempée dans le chocolat en regardant le fleuve, j'avais ouvert toutes les fenêtres, je m'étais même arrêtée pour sentir les grosses pivoines dans un joli jardin de Kamouraska, la plus belle chose que j'ai senti de ma vie grâce à mon olfactif de femme enceinte.
Cette fois-là les secondes avaient vraiment le goût de la liberté. On the road, tsé.
Alors maintenant que je roule à nouveau, enfin seule, dans mon vieux char, et que j'ai devant moi trois bonnes heures de conduite, et sur les genoux mon casseau de fraises, je suis bien énervée. Je regarde partout autour, où est-ce qu'elle est, Liberté? Liberté?
Liberté?
Oh, p'tit bébé. T'as vraiment tout changé.
La prochaine fois, tu viendras avec moi, tu vas voir, c'est l'fun faire de la route.
On sera libres à deux.