La vie sauvage

Des détails en veux-tu en voilà.
Je me suis levée avec des pleurs d'enfant les cheveux dans la face et la tête dans un étau. La nuit courte pleine d'insomnies coupées en morceaux coincée lourde dans mon cou. J'ai été chercher mon bébé. J'ai joué longtemps avec lui dans le lit, joué à se donner des becs, joué à se chatouiller, joué à attrape mon IPhone, joué à vérifier si cette dent est sortie finalement. On s'est levés, je l'ai mis par terre dans la cuisine, j'ai préparé son déjeuner, des céréales avec des bananes écrasées, évidemment je n'ai rien fait pour moi, en plus il n'y avait plus de lait pour le café. Après son déjeuner on a joué encore puis il a semblé fatigué alors tellement contente je l'ai remis dans son lit et j'ai été dans le mien et il s'est endormi tout seul et moi aussi. Dehors par la fenêtre j'ai entendu les enfants de la garderie aller au parc et j'ai prié pour qu'ils ne le réveillent pas. J'ai fait quelques rêves bizarres de demi-sommeil. À dix heures vingt minutes mon bébé s'est réveillé. Je me suis levée et j'ai décidé qu'on allait me chercher un café ensemble. On s'est habillés, on est sortis. Je me suis pris un grand café au lait et une chocolatine pour emporter au café du coin puis j'ai poussé la poussette jusqu'aux jeux d'eau du parc et j'ai mis mon bébé dedans pendant vingt minutes, le temps de boire mon café. Il était content et moi aussi. On est revenus à la maison, et il était de nouveau fatigué.

J'ai déposé mon bébé dans son lit pour qu'il s'endorme. J'ai marché jusqu'à l'ordi par réflexe, je suis allée sur Facebook par réflexe, et je suis tombée sur le blogue de quelqu'un. J'ai lu.

C'étaient des mots sauvages racontant des histoires sauvages.

J'ai entendu mon bébé m'appeler et je me suis levée d'un coup. Je suis devenue tout étourdie parce que je me suis levée trop vite, et je me suis accotée où j'ai pu, une main contre le mur une main sur un dossier de chaise, en respirant bien pour ne pas m'évanouir de fatigue, parce que je n'ai pas le temps de m'évanouir de fatigue. Après j'ai été rejoindre mon bébé et en le voyant, je me suis rendue compte que j'avais oublié qui j'étais, oui je vous le jure, j'avais oublié que j'étais devenue sa mère, le temps du texte sauvage et le temps de l'évanouissement debout.

Vous dire le bien que ça m'a fait.

J'ai récupéré ma vie et j'ai repris mon bébé dans mes bras. Il était content et moi aussi.

La vie sauvage est loin derrière moi.

                                                           
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Et pour lire les mots sauvages, c'est par ici.
http://www.lesfourchettes.net/pas-une-histoire-de-piscine