Celui d'avant, celui d'après
Dire qu'on a même pensé à nommer l'ensemble du domaine domestique du doux terme d'«art ménager» pour réconforter les laveuses de vaisselle sale du monde entier. L'art ménager ne lave pas que la vaisselle, il lave le cerveau.
J'en suis à ces réflexions depuis un mois. Ça fait un mois que je n'ai rien écrit, parce que rien de ce que j'ai à dire ne me semble d'intérêt public. C'est le problème du féminin: c'est à la maison que ça se passe, et c'est à la maison que ça reste. Avoir un enfant nous y confine, qu'on le veuille ou non. Je ne fais pas de guerre des sexes ici: oui, les hommes lavent la vaisselle sale. Mais rester à la maison avec son enfant implique nécessairement de laver le plancher pendant sa sieste, une réalité que l'homme au travail ne connaît généralement pas.
Mon cerveau ainsi lavé depuis des mois, je me retrouve vide et insipide à l'orée de l'automne, vaguement effrayée de voir le monde entier se remettre à l'ouvrage, moi qui suis dans sa marge. Bien sûr, techniquement, je me remets aussi au travail, mais là n'est pas la question. Il s'agit de mon cerveau. Lavé.
Il y a eu un documentaire québécois co-scénarisé par Geneviève Rioux à propos des femmes créatrices et de la maternité. Je l'ai regardé cette année avec grand intérêt. Le film n'est pas mauvais, mais la petite heure de témoignages, dont certains passionnants toutefois, ne fait qu'effleurer gentiment un sujet profond comme un gouffre. Justement, il advient que me voici dans le gouffre, flottant quelque part entre le refus d'en rester là (mère à temps plein, dans l'éternel féminin) et le refus d'en changer. Pourquoi revenir à moi-même?
Doucement mais fermement gérée par un cocktail explosif d'hormones, je vivais depuis des mois dans une contrée appelée Plénitude. Persuadée d'être à la bonne place, au bon moment, à faire la bonne chose, j'avais une contenance éblouissante, une assurance totale, solide comme le roc, habitée, en plus, par l'Amour, ce qui est loin d'être désagréable. Voici que soudainement, garderie aidant, je récupère mes heures. Des heures, plutôt. Seule chez moi, j'interroge avec lassitude l'artiste en moi en me demandant où est-ce qu'elle est passée, et je constate l'absence totale de désir.
C'est inquiétant. Il n'en est fait mention nulle part dans le documentaire.
Ainsi va le féminin, mesdames et messieurs. Éternel mystère, personne n'ose en parler. Et les femmes dans leurs cuisines se demandent toutes en quoi se faire parler de conciliation travail-famille comblera le vide qui les habite quand elles flottent entre deux mondes, celui d'avant et celui d'après.
***
Pour voir le film:
http://video.telequebec.tv/video/13616/cree-moi-cree-moi-pas
J'en suis à ces réflexions depuis un mois. Ça fait un mois que je n'ai rien écrit, parce que rien de ce que j'ai à dire ne me semble d'intérêt public. C'est le problème du féminin: c'est à la maison que ça se passe, et c'est à la maison que ça reste. Avoir un enfant nous y confine, qu'on le veuille ou non. Je ne fais pas de guerre des sexes ici: oui, les hommes lavent la vaisselle sale. Mais rester à la maison avec son enfant implique nécessairement de laver le plancher pendant sa sieste, une réalité que l'homme au travail ne connaît généralement pas.
Mon cerveau ainsi lavé depuis des mois, je me retrouve vide et insipide à l'orée de l'automne, vaguement effrayée de voir le monde entier se remettre à l'ouvrage, moi qui suis dans sa marge. Bien sûr, techniquement, je me remets aussi au travail, mais là n'est pas la question. Il s'agit de mon cerveau. Lavé.
Il y a eu un documentaire québécois co-scénarisé par Geneviève Rioux à propos des femmes créatrices et de la maternité. Je l'ai regardé cette année avec grand intérêt. Le film n'est pas mauvais, mais la petite heure de témoignages, dont certains passionnants toutefois, ne fait qu'effleurer gentiment un sujet profond comme un gouffre. Justement, il advient que me voici dans le gouffre, flottant quelque part entre le refus d'en rester là (mère à temps plein, dans l'éternel féminin) et le refus d'en changer. Pourquoi revenir à moi-même?
Doucement mais fermement gérée par un cocktail explosif d'hormones, je vivais depuis des mois dans une contrée appelée Plénitude. Persuadée d'être à la bonne place, au bon moment, à faire la bonne chose, j'avais une contenance éblouissante, une assurance totale, solide comme le roc, habitée, en plus, par l'Amour, ce qui est loin d'être désagréable. Voici que soudainement, garderie aidant, je récupère mes heures. Des heures, plutôt. Seule chez moi, j'interroge avec lassitude l'artiste en moi en me demandant où est-ce qu'elle est passée, et je constate l'absence totale de désir.
C'est inquiétant. Il n'en est fait mention nulle part dans le documentaire.
Ainsi va le féminin, mesdames et messieurs. Éternel mystère, personne n'ose en parler. Et les femmes dans leurs cuisines se demandent toutes en quoi se faire parler de conciliation travail-famille comblera le vide qui les habite quand elles flottent entre deux mondes, celui d'avant et celui d'après.
***
Pour voir le film:
http://video.telequebec.tv/video/13616/cree-moi-cree-moi-pas