C’est un secret – deuxième partie.

Dans un billet, il y a très longtemps, j’expliquais qu’il fallait ne rien dire, surtout ne rien dire d’un projet. C’était pour lui laisser une chance d’exister, de se mettre au monde, à l’abri des oreilles indiscrètes, parce que, le projet étant paresseux, quand il se sent su, il s’éteint.

L’un d’eux vient d’aboutir. Un projet que je nourris depuis trois ans. Trois longues années de labeur intermittent, de doutes, d’angoisses, de moments de bonheur. J’écris ces mots et les cloches du cliché sonnent glorieuses. Et pourtant le petit objet que je tiens dans mes mains depuis hier, mon premier album, un objet normal tout ce qu’il y a de plus objet, est ce que j’ai accompli de mieux, avec mon propre cerveau, mon propre cœur, et beaucoup d’aide.

Comme on l’a souvent entendu, au début, il y eut la création. Jamais facile, toujours à l’arraché. C’est comme ça quand on a un petit enfant et c’est aussi comme ça que je suis. C’est très (trop?) difficile. J’ai aimé lire, un moment donné cette année, de Fanny Britt en entrevue que pour elle la création était en un mot «pénible». Ça m’a rassurée.

Pourquoi on le fait, d’abord? est la question qui vient au moins une fois par jour. Et pourtant je me souviens du moment où m’est venu ce bout de musique pendant que j’écoutais l’orage au mois d’août dernier dans ma cour. Une épiphanie. Dans mon cas, d’une rareté extrême. Mais c’est fou comme c’est agréable.

Reconnaîtrez-vous l’épiphanie? est la question qu’on se pose une fois qu’on a l’album dans ses mains. Un album, quelle absurdité au fond. Au moins il est entièrement recyclable. Au moins je le trouve beau, avec son petit livret illustré par ma mère. Au moins j’y tenais, à l’objet physique, en vieille nostalgique que je suis, et si j’avais pu, je ne l’aurais fait qu’en vinyle, pour que vous soyez forcés de l’écouter d’un bout à l’autre, et non, comme ne cesse de le suggérer une journaliste culturelle de Radio-Canada, à la pièce selon vos préférences.

Parce que je l’ai tellement réfléchi, cet objet. D’un bout à l’autre, du haut vers le bas, en boucle et à reculons. Parce que rien ne peut être mis à part, parce que tout est lié, parce que c’est un tout. Parce que, l’autre soir, alors que j’étais particulièrement stressée, je l’ai mis dans ma cuisine et qu’au bout de la demie-heure de musique, j’allais beaucoup mieux. Et ça, c’est incroyable, parce que quand même, c’est moi qui l’ai fait. Et donc, si vous me demandez «c’est quoi le genre de musique?», tout ce que je peux répondre, c’est ça: mettez-le dans votre cuisine d’un bout à l’autre le soir alors que votre vie vous sort par les oreilles et calmez-vous.

Il n’est pas parfait. Mais il est né, je l’aime et je fais des métaphores de maternité.

Mesdames et messieurs, voici Paysages du jour tranquille.