Au moins.

C’est une conversation trop tard le soir, dans un petit lit d’enfant où la mère est venue lui souhaiter de beaux rêves. 

L’enfant est triste et la mère le sent. Elle sent le corps fébrile de l’enfant, comme sur le point de chavirer, et les larmes qui guettent la faille dans l’équilibre précaire du cœur. Elle dit: qu’est-ce qu’il y a, de la voix la plus douce possible. Rien, dit l’enfant, et pourtant il se met à pleurer en silence, comme si pleurer trop fort allait lui faire mal. Ensuite il raconte tout bas, l’histoire triste du livre qu’il est en train de lire, puis la petite souris dans la cuisine qu’il faudra tuer. La mère dit qu’elle comprend et qu’elle aussi a de la peine pour la petite souris. Elle serre l’enfant dans ses bras et elle attend, mais la tristesse ne passe pas. L’enfant murmure comme s’il voulait qu’on ne l’entende presque pas: il n’y a pas juste la petite souris. 

Il y a des gens qui meurent. 

La mère faillit. La mère tombe aussi. La mère est secouée de sanglots silencieux. Elle n’a pas de mots pour consoler de la guerre ni de la laideur de l’homme. Elle serre l’enfant plus fort et les larmes coulent en silence pour ne pas déranger la nuit. 

La mère dit l’impuissance et la tristesse, elle dit l’amour et la beauté de prendre soin des gens qu’on aime. Elle dit: au moins. Elle dit: moi aussi je suis triste.

Toute la nuit, puis tout le lendemain, la mère est emmurée dans la peine silencieuse, même si l’enfant est de retour dans l’enfance. Alors elle se dit: au moins, le dire.